Le briquet est plus ancien que l’allumette, et il a mis cent cinquante ans à devenir l’objet banal qu’on perd sans y penser. Voici les quelques inventions qui ont tout changé.
1823 : la lampe de Döbereiner
Le chimiste allemand Johann Wolfgang Döbereiner met au point un appareil qui produit du feu sans flamme préalable : de l’hydrogène, généré par une réaction entre zinc et acide sulfurique, s’enflamme au contact d’une éponge de platine. C’est le premier briquet de l’histoire – et il précède l’allumette moderne de plusieurs années. Mais il pèse son poids, il tient sur une table, et il fuit.
1903 : le ferrocérium change tout
L’Autrichien Carl Auer von Welsbach met au point un alliage de fer et de cérium qui produit des étincelles quand on le frotte. C’est ce qu’on appelle depuis « la pierre » – alors que ce n’est pas une pierre du tout. Cette invention rend possible le briquet de poche : il suffit désormais d’une molette, d’un peu de ferrocérium et d’un combustible.
Le même ferrocérium équipe encore, cent vingt ans plus tard, la totalité des briquets à pierre vendus aujourd’hui. Peu d’inventions ont si peu changé.
Les tranchées, puis l’essence
La Première Guerre mondiale généralise le briquet : dans les tranchées, une allumette qu’on craque signale une position. Des milliers de briquets sont fabriqués à partir de douilles. Dans les années 1930, le briquet à essence à couvercle rabattable s’impose – mèche, coton, pierre – et deviendra pour longtemps l’archétype de l’objet qu’on garde à vie et qu’on fait réparer.
1973 : le jetable, et la démocratisation
Bic lance un briquet en plastique moulé, non rechargeable, vendu quelques francs. L’objet cesse d’être un accessoire personnel pour devenir un consommable. C’est ce basculement qui explique la structure du marché actuel : d’un côté des lots de cinquante à quelques centimes pièce, de l’autre des modèles rechargeables ou de collection.
Et aujourd’hui
Deux évolutions récentes méritent d’être notées. La flamme tempête, qui projette le gaz sous pression et résiste au vent, a élargi l’usage au cigare, à la chicha et à l’extérieur. Et le briquet à arc électrique a supprimé la flamme elle-même, deux siècles après Döbereiner – en revenant, d’une certaine façon, à l’idée de faire du feu sans en faire.
